LA PUCE NE FAIT PAS TOUT

Il est bien loin le temps où à l'arrivée d'une course, les concurrents étaient dirigés dans un couloir et que quelqu'un enlevait les dossards pour l'enfiler sur un pic. Ce système avait plusieurs inconvénients. Le premier étant d'être consommateur de personnel, à l'heure où le bénévolat est devenu une denrée rare et où les organisateurs ont de plus en plus de mal à trouver du monde disponible et volontaire. Le second étant que ce fonctionnement permettait une grande fiabilité en terme de classement mais aussi une grande imprécision concernant les temps. Sans parler évidement du fait que ça ne permettait pas d'avoir des temps intermédiaires ni aucune forme de suivi de la course sur internet.

Le modernisme s'est invité et des dizaines de systèmes de chronométrage à puces sont apparus depuis les années 90, puis ont évolué jusqu' à devenir incontournables.

Parallèlement le monde du sport a évolué et là où il y a quelques décennies, d'accrocher un dossard était réservé aux ''compétiteurs" courant après une victoire ou un podium, le sport s'est ouvert à une autre catégorie de concurrents s'engageant pour un défi personnel, ou recherchant une visibilité sur les réseaux sociaux, suivant la devise attribuée à Pierre de Coubertin ''L'essentiel est de participer'', devise qui d'ailleurs n'est pas de lui puisqu'il l'a empruntée à l'évêque de Pennsylvanie qui célébrait la messe des premiers Jeux de Londres en 1908.

Si bien que de nos jours une coureuse ou un coureur classé(e) 650 ème d'une épreuve, veut légitimement connaitre ses temps avec précision et son classement dans ''sa'' catégorie d'âge. La multiplication de ces catégories n'interdisant en rien un concurrent classé très loin au ''scratch'' d'espérer monter sur un podium.

Seule l'évolution vers le chronométrage dit ''à puce'' a permis d'obtenir des données individualisées et précises pour chaque compétiteur.

Mais, et oui il y a un ''mais'' dans l'imaginaire collectif des participants, avoir un chronométrage électronique permet de se désintéresser du sujet et de passer la ligne d'arrivée sans se soucier aucunement de savoir si son dossard est bien positionné, visible, si aucun aléa n'a pu empêcher la détection de son arrivée.

Il est pourtant relativement rare qu'il n'y ait aucun litige dans les classements à la fin d'une épreuve pourquoi ?

Les causes sont multiples

Sans rentrer dans les détails, de multiples possibilités sont offertes aux chronométreurs (Puces RFID basse fréquence, haute fréquence, les transpondeurs actifs, etc). Le chronométreur et l'organisateur faisant souvent confiance au premier cité s'accordent sur la technologie à employer, en fonction du sport, des contraintes d'environnement, de nombre de concurrents, de coût et de bien d'autres paramètres, tels que le processus de distribution et de récupération ou non des dites ''puces''. Chaque technologie a ses points forts et qui dit points forts sous-entend points faibles.

Comme dans tout autre domaine le 100% n'existe pas. Rien ne permet d'obtenir la fiabilité de la méthode du dossard enfilé sur un pic. Quand bien même le système utilisé serait fiable à plus de 99%, il y aura toujours le chat noir, ou le concurrent qui a perdu sa puce sans s'en rendre compte, il peut avoir été victime d'une inversion au moment de la distribution, l'avoir mal positionnée ou oubliée, il peut lui même avoir fait une erreur de sexe ou de date de naissance au moment de son inscription.

La qualité d'un chrono passe donc souvent par l'extrême concentration du chronométreur qui garde les yeux rivés sur son écran et les oreilles en alerte à chaque ''Bip''.  Quand un concurrent passe la ligne sans ce fameux ''Bip'' le chronométreur sursaute. Neuf fois sur dix, il n'a juste pas entendu le bip, car sur la ligne d'arrivée le silence est rare. Entre la musique et le speaker qui parfois s'enflamme, enthousiasmé à l'arrivée d'un nouveau finisher, il est parfois très difficile de rester concentré. Mais dans le doute, il saute de sa chaise et court pour essayer de voir le numéro de dossard de la personne concernée et il note son temps à la main. Quand la catégorie ''Féminine'' s'affiche alors qu'un barbu passe la ligne, il corrige (Parfois sans barbe c'est moins flagrant), quand un coureur avec une tête de gamin est classé vétéran 5 aussi...

Alors forcément notre chronométreur concentré, quand on vient lui parler, il n'est pas toujours aimable, mais il n'a souvent que 2 choix, ou répondre gentiment aux questions posées et ne plus s'occuper de la ligne d'arrivée, ou rester concentré sur sa ligne et repousser toute demande avec véhémence.

Son boulot est loin d'être facilité par les arrangements avec le règlement que bien des concurrents s'autorisent.....

Arf les dossards..... Tout le monde s'en fout. Les règlements sont souvent moqués, tant de commentaires ironiques sont publiés sur les réseaux quand un arbitre a fait du zèle et réprimandé un concurrent pour un dossard mal positionné... Puis bien des athlètes se trouvent plus beaux avec un dossard sur la cuisse plutôt que sur le torse, sans  se soucier de savoir si à l'arrivée le chronométreur sera à droite ou à gauche de la ligne.

Ce fameux dossard, au delà d'être souvent le seul support visible sur lequel les partenaires s'affichent, le plier pour en réduire la taille, le cacher ou mal le positionner ne sert à rien à titre individuel, dessert clairement l'organisateur et pourrit la vie du chronométreur qui n'a pas d'autres moyens de vérification.

Les puces ..... Une puce de chaussure c'est pour mettre à la chaussure, sinon elle s'appellerait une puce de poche ou de camelbak. Une puce de cheville n'est pas une puce de poignet, une puce jetable collée au dossard pliée dans une poche ne fonctionne pas, si elle est percée avec une épingle à nourrice non plus, une plaque de cadre ne s'enroule pas autour du guidon etc...

Passons les autres comportements sources de complications, comme par exemple passer la ligne avec des membres de la famille, c'est si mignon, ou pire avec un copain déjà arrivé qui a encore son dossard et sa puce. Garder sa puce et venir applaudir ses potes sur la ligne en étant 10 fois détecté et provoquant autant de ''bip'' dans l'oreille du chronométreur, c'est top mais c'est compliqué.

Il suffirait pourtant que chacun même s'il est venu pour ''Participer'' pour se faire plaisir, se sente une seconde concerné, en commençant au retrait des dossards, en vérifiant le sexe, la date de naissance, avant de signer sans regarder.

1% n'est pas grand chose lorsque l'on parle d'augmentation de salaire, mais sur une course de 2000 personnes , si 20 ne sont pas classées, la résonnance sur les réseaux sociaux fera qu'ils sembleront être 2000 à se plaindre des résultats.

Alors à vos prochaines courses, comme vous avez choisi la tenue qui ne vous irrite pas sous les bras, vous avez pris le gel et les barres de céréales qui ne vous font pas vomir, les chaussures qui ne font pas d'ampoules, pensez à mettre le dossard et la puce comme prévu sur le règlement, s'il pleut et que vous avez opté pour l'imperméable, ouvrez le sur la finish line en faisant un beau sourire au chronométreur ''SOYEZ CONCERNÉS'' tout simplement. Certains concurrents qui n'ont parfois pas fait preuve de grande rapidité durant toute l'épreuve retrouvent des jambes au moment de passer la ligne sans s'arrêter, si bien qu'il faille parfois courir après jusqu'à leur voiture garée à 300 m pour chopper le numéro de dossard qu'ils avaient dans la poche... Puis tout le monde ne passe pas par les mêmes endroits, il arrive de voir arriver des personnes dont le dossard semble avoir été mâché par une vache.

Après ça n'est pas toujours de votre faute, parfois le chronométreur est une quiche, ou dans un mauvais jour (mea culpa), ça nous arrive à tous...

Et surtout, évitez la question : ''Quel est mon classement catégorie, que je sache si je reste jusqu'au podium ou pas ...'' ça c'est le truc qui énerve.

En gros ou je suis sur le podium et je reste pour mon instant de gloire ou je n'y suis pas et je m'en fout que monsieur le Maire, le président du club, l'organisateur fasse son discours devant personne ... Même si c'est vrai et compréhensible, ça n'est pas forcément obligatoire de l'exprimer aussi clairement, ne serait-ce que par respect pour les organisateurs et les bénévoles qui sont arrivés bien avant et repartiront bien après. Ils aiment être applaudis, eux aussi ont droit à leur moment de gloire ...

Après on n'empêchera pas ceux qui n'ont jamais budgété un évènement de penser qu'ils ont payé cher et que les organisateurs et les prestataires s'en sont mis plein les fouilles, qu'ils sont payés pour ça. Mais il me semble que jamais aucun chronométreur ne vous a dit "je m'en tape de l'erreur de sexe, t'avais qu'a t'inscrire correctement" ou "t'as perdu ta puce ? Dommage pour toi fallait mieux l'accrocher''.

Quand bien même l'événementiel sportif se professionnalise et ressemble de plus en plus à tout autre business model qui veut qu'on paye une prestation, un produit et qu'on exige d'en avoir pour son blé, un plombier compose avec des tuyaux, un électricien avec des fils, un chronométreur avec des humains aux comportements parfois assez irrationnels,  ayant perdu toute forme de lucidité pendant l'effort.

Nous sommes tous acteurs de la réussite d'un événement, organisateurs, prestataires, participants. Le ''chacun sa m....'' ne fonctionne pas et ne fonctionnera jamais dans un milieu où l'on vient chercher de l'émotion bien autant que de la performance.

Bonne course à tous..